Le cheval de course

Cheval de courseLes mystères de la génétique posent aux éleveurs des problèmes déconcertants. Les faits semblent prendre un malin plaisir à ruiner les calculs d'autant plus savants que les « naisseurs » savent par expérience que, seul, le bon sujet trouvera acquéreur, les médiocres restant pour compte. L'aléa existe toujours. Gladiateur, sans doute le plus brillant cheval français de tous les temps, statufié à Longchamp, aussi irréprochable dans son modèle que dans ses origines, n'a jamais engendré que des produits relativement décevants. On dirait que, dès avant sa naissance, le pur-sang exige de ceux qui se consacrent à lui de la science et des soins, certes, mais aussi une bonne dose d'intuition et de chance!

Race de création récente, où, les lignées étant limitées, la consanguinité est forte, les croisements tendent à améliorer chez l'animal les qualités de vitesse surtout, accessoirement de détente et de fond. Une connaissance approfondie des origines et des performances (les plus récentes étant les plus significatives) est toujours indispensable, mais, à partir d'elle, les théories ne manquent pas. La plus connue est l' « in­breeding », qui consiste dans l'union de deux reproducteurs consanguins.

L' « inbreeding » étant recherché « sur » un étalon, vedette de préférence évidemment, les résultats en sont parfois remarquables.

A l'opposé, la consanguinité peut entraîner aussi chez les produits l'exagération des défauts des parents, une hyper nervosité, voire la dégénérescence pure et simple.

Il peut être nécessaire de recourir à l' « outcrossing » en infusant un sang nouveau pour pallier un excès de consanguinité.

La méthode des « dosages de sang » consiste à tenter de donner à la poulinière un sang complémentaire de ceux qui lui font le plus défaut pour se rapprocher d'une lignée type. Il s'agit là de croisements rationnels, mais il est pratiquement impossible de prévoir ce qui l'emportera chez les produits, des caractères individuels des géniteurs ou des caractères transmis de la lignée.
D'autres facteurs entrent en effet en ligne de compte : les maladies, les faiblesses congénitales (à ne pas confondre avec les accidents fortuits), les vices rédhibitoires.

Enfin, le climat, la nourriture, le travail, la condition physique forment comme la toile de fond, favorable ou non, de la conception.

Pour conserver à l'étalon de pur sang toutes ses qualités de reproducteur, ses saillies sont obligatoirement limitées à 2 par jour et à 40 par an au maximum. Mais on ne saurait mésestimer l'importance de la souche maternelle, comme le prestige de l'étalon et le prix élevé de ses saillies tendraient à y incliner. Le choix de la poulinière est donc très important, et il va sans dire que les soins dont est entourée la gestation le sont également. Chez la jument, la parturition dure onze mois, mais elle est de nouveau en état de reproduire une dizaine de jours après la mise bas. Quelques heures après sa venue au monde, le jeune poulain, le « foal », est déjà sur ses jambes et en état de suivre sa mère.

L'éleveur fait en sorte que les naissances se produisent au début du printemps, époque où la pousse des herbages est le plus favorable à la lactation. Quel que soit le mois de leur naissance, les jeunes pur-sang sont enregistrés au stud-book, sous la lettre de l'année en cours, et les services des haras établissent le certificat d'origine, qui, déposé à la société mère, leur sera plus tard indispensable pour avoir le droit de courir. L'animal obtient ainsi sa carte orange et ses papiers. Après quelques semaines, le poulain, qui, jusque-là, a tété sa mère et l'a suivie au pâturage, commence à manger. On doit compléter sa nourriture par des préparations appropriées à son état, rashes ou barbotages. A deux mois, il pourra recevoir sa première ration d'avoine. Il s'agit de préparer graduellement le sevrage, étape délicate de la vie du poulain.

L'éloignement de sa mère et la suppression du lait de sa nourriture le rendent, suivant sa nature, inquiet, craintif, méchant ou abattu. C'est donc une opération à mener avec ménagements et progressivité. Le sevrage a lieu ordinairement au bout de cinq à six mois, à la fin de la belle saison. Les foals sont alors rentrés à l'écurie, où ils passeront l'hiver.

On profite de leur claustration pour les habituer à l'homme et à se laisser manier et panser à l'écurie. Leurs rations de grain sont augmentées et ils atteignent ainsi l'année suivante. Les Foals sont devenus des « yearlings » et, aux premiers beaux jours, on les remet au pâturage, avec leurs congénères cette fois. Le yearling, qui a maintenant complètement oublié sa mère, se livre avec eux à toutes sortes de jeux et à des courses effrénées où parfois se révèle déjà la qualité qu'il démontrera plus tard sur les pistes.

Avec les ventes du mois d'août à Deauville (à Newmarket en Angleterre), l'éleveur ou le propriétaire qui n'ont pas choisi de conserver le yearling pour eux vont maintenant s'efforcer de rentrer dans leurs frais. Les « papiers », les titres de noblesse, les haras dont proviennent les candidats jouent beaucoup dans les prix obtenus aux enchères. Mais, si l'éleveur a vendu son yearling, il ne s'en détache pas pour autant, bien au contraire. Dès l'année suivante, il suivra ses premiers pas sur les hippodromes. Pendant toute leur carrière, il sera intéressé aux divers succès des produits de son élevage (à raison de 10 p. 100 du prix de la course pour une place de premier, 5 p. 100 pour une place de deuxième). Des primes lui seront également dues pour les montes au haras.

Le yearling, une fois vendu à son nouveau propriétaire, est confié à un entraîneur; le rôle de l'éleveur est clos.

A dix-huit mois s'ouvre un nouveau chapitre de la vie du jeune cheval : le débourrage, le dressage, puis l'entraînement vont commencer pour lui.